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Films d'animation

Colin Péguillan, animateur cinéma -éducation à l’image de la MJC Aliénor d’Aquitaine


Pouvez-vous nous présenter votre projet ? 

Cela fait six ans que je mène des actions culturelles auprès de personnes placées sous main de justice.

Jusqu’en 2008, les activités avaient lieu à la Maison d’arrêt de Poitiers. Elles s’adressaient plus particulièrement aux personnes détenues mineures ; nous intervenions pendant les vacances scolaires, période « creuse » où ces adolescents sont quelque peu désœuvrés. 

En 2009, la Maison d’arrêt de Poitiers a fermée et a été remplacée par le Centre pénitentiaire de Vivonne. Nous y avons poursuivi nos activités, auprès d’un public adulte.

Mon travail s’inscrit dans le dispositif d’éducation à l’image « Passeurs d’Images ». Il se concrétise par des projections de films suivies de discussions, et sur des ateliers de création audiovisuelle. J’interviens en tant que médiateur, aux côtés de professionnels de l’image, réalisateurs ou techniciens.

Les  ateliers de création ont lieu une fois par an. Nous avons choisi de concentrer le travail sur quinze jours, à raison d’une séance quotidienne. Plutôt qu’une intervention hebdomadaire qui s’étend sur une année et risque de voir se démotiver les participants, nous pensons que cette temporalité aide à créer une dynamique et une ambiance de groupe. En effet, la dimension humaine vaut pour cinquante pour cent au moins de la réussite du projet !

Depuis quatre ans, nous travaillons sur le thème de la lettre filmée. Nous avons commencé ce travail avec la réalisatrice Zoé Liénard (du collectif les Yeux d’IZO) autour de la réalisation d’un film documentaire avec deux femmes de la Maison d’arrêt de Poitiers.

Aujourd’hui nous poursuivons cette thématique mais sous forme de films d’animations avec la complicité du cinéaste Jean Rubak, qui a une grande expérience des activités en milieu carcéral et intervient également à la Maison centrale de Saint-Martin-de-Ré.

Cette année, nous avons réalisé un film d’animation avec un groupe de femmes détenues.
Nous attachons beaucoup d’importance au fait qu’il s’agisse pour elles d’une démarche volontaire.

L’instituteur s’est associé au projet en accompagnant l’écriture du scénario. Ravi de solliciter les capacités de rédaction des participantes dans un cadre non scolaire, il les a fait travailler sur le genre épistolaire.

Chacune a rédigé une lettre dans laquelle elle devait s’excuser d’avoir manqué l’école. Elles ont  inventé toutes sortes de prétextes farfelus et improbables. L’une a justifié son absence en disant que c’était l’anniversaire de son chien, une autre a dit qu’elle avait fait une grande fête avec des amis et qu’elle était trop fatiguée, une autre encore a expliqué qu’elle ne pouvait pas rater le premier jour des soldes…

Le choix du cinéma d’animation nous a semblé incontournable, car nous ne disposions pas d’autres lieux de tournage que la salle d’activités. Nous avions aussi la volonté d’inventer des formes d’expression ludiques et inattendues, qui permettent de sortir du quotidien.

Elles se sont montrées un peu réticentes au début, car elles associaient cela au monde de l’enfance ; bien vite elles ont trouvé l’animation amusante et se sont prises au jeu.
Nous avons utilisé différentes techniques.

Grace à la pixillation, nous pouvions animer toutes sortes d’objets : du tissu, des chaussures, des étiquettes de soldes. Pour illustrer le premier jour des soldes,  nous avions apporté des habits et nous nous sommes amusés à les faire bouger.

Nous avons aussi eu recours à l’animation traditionnelle de dessin. C’est Jean Rubak qui s’est chargé de l’illustration, aucune participante n’ayant envie de le faire. Ce fut malgré tout une réalisation collaborative : les participantes donnaient des idées, et Jean dessinait sur place, prenant en compte chacune de leurs remarques afin que le résultat soit fidèle à leurs attentes.

L’organisation de l’atelier a permis à chacune de s’investir dans ce qu’elle avait envie de faire. L’animation offre une variété d’activités : la confection des décors, leur animation, le récit en voix off, la prise de vue…. 

Le  montage a été fait  à l’extérieur, car nous ne sommes pas autorisés à apporter un ordinateur.

Chaque film réalisé en atelier fait l’objet d’une projection. Les participants décident si elle est collective ou réservée au groupe. Le plus souvent, ils sont heureux de faire découvrir leur film à toute la détention.

Nous tenons à ce que chaque participant dispose d’un DVD de son film.

Colin Péguillan et la programmation équilibrée